Il y a bien longtemps, dans les montagnes du Diois, vivait une jeune fille dont on vantait la beauté et la volonté. Ses parents lui avaient choisi un époux. Mais elle ne voulait ni de ce mariage ni de la vie qu’on avait décidée pour elle.
« Je préfère le vent des montagnes à une maison où l’on m’enferme », aurait-elle répondu.

La fille qui choisit la montagne
Une nuit, elle quitta le village sans bruit. Elle remonta les chemins pierreux, traversa les forêts et gagna les hautes combes, du côté d’Archiane et du vallon de Combeau. Là-haut, elle apprit à reconnaître les sources sous la neige, à se protéger du froid et à vivre sans maître.
Les saisons passèrent. Au village, on disait qu’elle avait disparu. Mais d’autres assuraient avoir aperçu, sur une crête, une silhouette aux cheveux clairs que le vent soulevait comme une crinière.

Les chevaliers sur les hauteurs
Le seigneur qui devait l’épouser ne supportait pas ce refus. Il envoya ses chevaliers la chercher. Ils montèrent à cheval par les sentiers étroits, armés de lances, persuadés qu’une jeune fille seule ne pourrait leur résister.
Ils la trouvèrent au bord d’une combe. « Tu dois rentrer », lui ordonnèrent-ils. Elle recula vers les rochers et répondit : « Je n’appartiens à personne. »
Les chevaliers avancèrent. Alors, raconte-t-on, un cri terrible éclata dans la montagne. Le corps de la jeune fille se couvrit d’un long pelage pâle, ses membres gagnèrent la force d’une bête sauvage et une corne jaillit de son front. Là où se tenait la fugitive se dressait désormais la Vercorne.
Elle se précipita sur ses poursuivants. Sa corne frappa les armures et renversa les hommes. Les chevaux s’affolèrent. Ceux qui purent s’enfuir dévalèrent les pentes sans oser regarder derrière eux.

Le serment des familles nobles
Humiliés et blessés, les chevaliers jurèrent de revenir. La légende raconte que leurs familles, parmi les nobles de la région, portèrent dès lors une licorne sur leurs blasons, en souvenir de cette rencontre. Elles auraient fait le serment de débusquer la Vercorne et de la tuer pour venger leurs hommes.
Mais les montagnes du Diois ont mille refuges : grottes, bois sombres, falaises et vallons perdus. Les chasseurs fouillèrent les chemins sans jamais pouvoir dire qu’ils l’avaient retrouvée.
Le cri que portent les montagnes
Depuis ce temps, lorsque le soir tombe sur les pâturages et que le brouillard descend des crêtes, les bergers racontent qu’un cri sourd résonne parfois entre les rochers. Ni tout à fait un brame, ni tout à fait un mugissement.
Certains y entendent la colère de la bête. D’autres, la voix d’une jeune fille qui préféra devenir sauvage plutôt que de renoncer à sa liberté.
Et c’est ainsi, de génération en génération, que se raconte la légende de la Vercorne du Diois.